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La virtualisation de serveurs x86 provoque l'engouement des DSI malgré les risques d'échecs et la complexité des projets. Impacts sur les équipes, le réseau, les licences : 3 experts donnent leurs astuces. 1- Faire de la virtualisation un projet d'entreprise "La consolidation et la virtualisation dans une entreprise, c'est un projet. Cela ne s'achète pas sur catalogue et ce n'est pas un assemblage de technologies et de produits. Il faut bien comprendre le contexte du client, ses objectifs et d'une manière générale quelles sont les problématiques que souhaite résoudre le client ? Ces objectifs définiront ensuite les jalons du projet à poser et les indicateurs de ROI à surveiller", affirme Olivier Pauly, responsable de l'alliance avec Vmware chez Bull. Cette étape est d'autant plus importante que, selon les experts interrogés, il arrive parfois que des DSI se lancent dans des projets de virtualisation en toute hâte. Or, dans bien des cas, la virtualisation ne va pas apporter un plus à l'entreprise. Elle pourra même être facteur de dysfonctionnement ou de ralentissement des performances s'il y a trop de précipitation ou que la phase d'étude préalable est expédiée. 2- Réaliser un audit de l'existant "La première chose à faire en débutant un projet de virtualisation consiste à réaliser un audit complet de l'infrastructure. Cela signifie qu'il faut un inventaire précis : nombre de serveurs installés, configuration matérielle, configuration logicielle, versions des logiciels", estime Olivier Pauly (Bull). L'audit fait ressortir les carences matérielles. Il peut conduire à un renouvellement de machines avant de virtualiser. |
"Il faut ensuite étudier l'activité et l'utilisation des serveurs par rapport au nombre d'utilisateurs et au type de l'application. Cet audit doit être réalisé sur plusieurs jours, idéalement sur plusieurs semaines car il peut y avoir des pics de charge sur certaines applications liées à l'activité de l'entreprise. Enfin, le résultat de cet audit se traduit par un rapport qui servira de base au déploiement de la virtualisation", poursuit le spécialiste en virtualisation. Cet audit fait ressortir clairement les carences matérielles, et peut donc conduire à un renouvellement de machines avant de virtualiser son infrastructure. Il identifie les applications les plus susceptibles de tirer profit de la virtualisation en fonction de leur activité quotidienne. Et enfin, il prépare à la phase d'analyse des licences logicielles du parc informatique. 3- Désarmorcer la problématique de gestion des licences Virtualiser ne change pas fondamentalement sa gestion des licences, cependant les éditeurs proposent chacun des offres différentes qu'il faut étudier préalablement à tout projet de virtualisation. En effet, le coût ne sera pas le même si l'éditeur facture une licence par processeur utilisé, par coeur de processeur utilisé, par serveur virtuel lancé, par machine physique ou par nombre d'utilisateur. La virtualisation peut entraîner un surcoût dans le cas où l'éditeur facture au processeur, si l'entreprise choisit de migrer des solutions autrefois sur des serveurs mono-processeur vers un serveur à 4 processeurs. Au lieu de payer 1x5000 € pour chaque application, elle paiera 4x5000 € pour chaque application. 4- Vérifier que l'éditeur supporte aussi les versions virtualisées "Il faut être attentif au niveau du support des applications virtualisées. Par exemple, SAP fonctionne très bien en mode physique et en mode virtualisé, et SAP supporte la version virtualisée. A ma connaissance, ce n'est pas le cas avec Oracle. Donc, lorsqu'il y a un incident sur une version virtualisée d'Oracle, l'éditeur n'offrira pas de support", explique Chuyen Huynh Huu, responsable de l'offre optimisation des infrastructures chez Devoteam. "La seule solution consiste alors à dévirtualiser, c'est à dire faire du V-to-P, pour montrer à l'éditeur que même sur une version physique, cela ne marche toujours pas, et que la virtualisation n'est donc pas en cause dans cet incident", précise Chuyen Huynh Huu. 5- Ne pas virtualiser des versions d'applications non-maintenues Si la virtualisation permet de maintenir des applications dépassées au sein de son système d'information en les déployant sur des anciens systèmes, cette utilisation de la virtualisation est clairement déconseillée par les cabinets de conseil et les SSII. Virtualiser des applications dépassées : une bombe à retardement |
"Les gens virtualisent les applications qui les gènent. On ne sait pas trop ce qu'elles font, on ne veut pas les éteindre mais dans le même temps on ne veut pas laisser un serveur qui va travailler 1 % de son temps pour des applications anciennes. Du coup, l'entreprise fait appel à la virtualisation. Mais dans ce cas, il manque une étape préalable qui est l'urbanisation", déclare Chuyen Huynh Huu. "Virtualiser de cette manière conduit à placer une bombe à retardement dans le système d'information. Un tel système fonctionne jusqu'au jour où l'entreprise est confrontée à un bug majeur et s'apercoit que la version virtualisée est non maintenue depuis des années. Il ne faut pas économiser à court terme pour perdre à long terme", ajoute Chuyen Huynh Huu - Devoteam. 6- Adapter ses montées de version aux environnements virtuels Une montée de version sur un serveur virtuel implique une nouvelle organisation de l'exploitation. Toutes les ressources étant partagées sur un même serveur, il est difficile de trouver par exemple un créneau horaire dans lequel la machine serait moins sollicitée. De même, il n'est pas envisageable d'arrêter toutes les autres applications pour en mettre à jour une seule. Enfin, l'impact d'un dysfonctionnement peut désormais affecter plusieurs applications. "Comme sur un serveur physique, les montées de version doivent être planifiées. Passer en mode virtuel n'est pas rédhibitoire mais cela ne peut pas se faire en mode panique. Il faut migrer la machine virtuelle sur un autre serveur physique, puis gérer la montée de version et migrer dans l'autre sens le serveur virtuel. Cela rajoute une tâche supplémentaire dans le processus", souligne le consultant de Devoteam. 7- Toutes les applications ne gagnent pas à être virtualisées Les applications intensives en entrée sortie ne sont pas de bonnes candidates à la virtualisation (bases de données), à moins de leur dédier des périphériques d'entrée / sortie. De même, il faut éviter une trop grande concentration d'application réseau sur un même serveur physique. Si un serveur physique peut accueillir jusqu'à 10 applications sur 10 serveurs virtuels, ils ne disposent que d'une seule carte réseau. Le matériel reste parfois un point de contention qui limitera l'ambition d'un projet de virtualisation. "Dans les éléments d’un SI dont la virtualisation peut s’avérer douteuse, on peut identifier tout système qui n’a pas vocation à partager des ressources matérielles comme les pare-feu ou les systèmes sécurisés, tout système qui fonctionne pour différentes raisons en silos, ou tout système déjà très complexe. Ainsi, on pourra virtualiser des frontaux ERP, des serveurs d’application, mais peu de bases de données opérationnelles, et quasi aucune base de données décisionnelles", conseille David Millot, directeur du conseil technologique chez Unisys. 8- Eviter l'approche "Big-Bang" L'approche Big Bang est clairement déconseillée sur un projet de virtualisation. Il faut au contraire se donner le temps de réaliser un cahier des charges qui tienne compte de la charge et de la disponibiltié des applications clients. | Il est conseillé de bien communiquer pendant le projet avec les directions métiers sur les impacts de cette nouvelle technologie |
"En s'appuyant sur un outil de déploiement unique, et cela quel que soit le support de destination, le département informatique commencera par migrer les environnements de tests et de développement avant la production", préconise Alan Guillais, consultant architecte chez Solucom. Cette approche progressive, par l'expérience, va servir à minimiser l'impact des dysfonctionnements, et donc à mieux introduire cette nouvelle technologie dans l'entreprise. Il est d'ailleurs conseillé de bien communiquer pendant le projet avec les directions métiers sur les impacts de cette nouvelle technologie, même si celle-ci ne sera pas visible directement pour l'utilisateur. Elle aura tout de même un impact sous-jacent. 9- Adapter son infrastructure réseau et stockage Un projet de virtualisation transforme l'infrastructure de l'entreprise, et tout projet de virtualisation doit donc impliquer aussi bien les équipes d'exploitation et de gestion de parc, que les équipes réseaux et stockage de la DSI. "La virtualisation implique un gain sur la connectivité réseau. D'ordinaire, on associe un port réseau à un serveur, tandis qu'en mode virtualisé, 30 serveurs virtuels vont faire appel à seulement 4 ports réseau. Le ration nombre de machines par port est donc plus important. Et c'est la même chose en environnement SAN, les cartes SAN seront également mutualisées", constate Alan Guillais, consultant architecte chez Solucom. En revanche, le réseau sera naturellement plus "stressé" par les utilisateurs. D'où l'importance d'avoir mis en place des VLAN, tuyaux séparant virtuellement les flux, et des critères de qualité de service de manière à affecter des priorités aux différents flux. Coté stockage, l'infrastructure aura tendance à prendre du volume car il faudra désormais stocker les serveurs virtuels en tant que tel (qui ne sont finalement que des fichiers). "Le stockage va avoir de plus en plus d'importance dans le contexte de projet de consolidation. Je réduit mon nombre de serveur mais mon nombre d'applications n'a pas diminué. Et surtout, la virtualisation, par la simplicité qu'elle procure pour déployer de nouvelles applications et de nouveaux services, va encourager la création au niveau des directions métiers de nouveaux projets", insiste Olivier Pauly, responsable de l'alliance avec Vmware chez Bull. 10- Calculer le TCO et le ROI du projet avant de se lancer Comme tout projet, il faut pouvoir le justifier économiquement. Cette étape est d'autant plus cruciale que certains chiffres avancés par les constructeurs pour vendre des projets de virtualisation sont parfois farfelus. Un ROI se chiffre généralement en mois, plus sûrement en années. Faire ses calculs va donner au DSI un recul nécessaire sur la technologie, et crédibilisera son discours auprès de la direction générale et des autres directions métiers. "Il faut prendre en compte aussi bien le coût du projet, d'investissements en termes de nouveaux matériels que les risques, la formation du personnel, le plan de reversibilité si cela ne marche pas, le stockage des marchines virtuelles. Ce n'est pas un calcul anodin", note Chuyen Huynh Huu, responsable de l'offre optimisation des infrastructures chez Devoteam. 11- Suivre en temps réel l'évolution de la charge des machines "Les machines virtuelles doivent être considérées comme des machines à part entière, mis à part que le matériel est en partie ou complètement virtuel, et cela afin d'éviter une inflation non-maîtrisée des machines virtuelles", explique Alan Guillais, consultant architecte chez Solucom. "Les machines virtuelles doivent être considérées comme des machines à part entière" (Alan Guillais - Solucom) |
"Contrairement au mode physique, il y a peu de contraintes au moment du déploiement d'un nouveau serveur. Parfois un seul clic suffit. Il faut bien maitriser la création d'un nouveau serveur via la formalisation d'un gestion des changements rigoureuses, en s'assurant que la couche physique pourra supporter la charge demandée. Un serveur virtuel représente un coût bien réel", poursuit l'expert. Et Alan Guillais d'ajouter : "Mettre en place des rapports pertinents en terme de consommation de ressources sur les serveurs virtuels est un point délicat aujourd'hui. Il faut se poser la question de l'équivalence de consommation des ressources physiques dans une optique de refacturation interne. Il est donc essentiel d'avoir une unité de valeur unique, que ce soit en mode physique ou virtuel". 12- Préparer et former ses équipes à l'administration de la solution Une fois la virtualisation déployée, reste à l'administrer. Et cette étape fait partie intégrante de la réussite d'un projet. Tout d'abord, d'un point de vue technique, il est nécessaire de disposer d'outils de gestion du cycle de vie des serveurs virtuels (pouvoir les déplacer, les sauvegarder, les restaurer...). Ces outils seront complétés de solution d'analyse de l'activité de l'environnement virtualisé, avec rapports à la clé. Autant d'outils qui serviront aux équipes d'exploitation pour réaliser des projections à moyen terme sur l'évolution de l'infrastructure. "La virtualisation modifie la nature des relations entre le serveur, le stockage et le réseau, et établit de nouvelles formes de collaborations entre les équipes en charge de ces domaines. Il y a une véritable évolution de la gestion de la production à prendre en compte, et ceci ne doit pas être négligé dans ce type de projet. La consolidation rend par exemple les incidents plus délicats", prévient Alan Guillais de Solucom. Et ce n'est pas parce que l'administrateur dispose d'outils désormais très puissants, lui permettant en quelques clics de rajouter une machine virtuelle, qu'il faut perdre de vue les procédures formalisées de demande de ressources. Les équipes doivent être plus rigoureuses qu'avant sous peine de se voir déborder par une inflation non contrôlée des applications à gérer. Car si les outils facilitent la tâche des administrateurs, ceux-ci auront également davantage d'applications à terme, impliquant une plus grande complexité. La consolidation de multiples serveurs virtuels sur un même machine physique rend cette dernière très critique. Une panne matérielle peut impacter plusieurs dizaines de serveurs virtuels. De manière à ne pas perdre tout l'avantage d'une infrastructure virtualisée, il est généralement conseillé d'accompagner son projet de virtualisation de la mise en place d'un plan de reprise d'activité (PRA). Un PRA est d'autant plus avantageux dans cette configuration qu'un seul serveur physique peut servir à relancer de multiples serveurs virtuels, minimisant ainsi le nombre de machines nécessaires pour une reprise à chaud en cas d'incidents. Cela assure en toutes circonstances une soupape de sécurité pour le DSI sur un projet aussi sensible que la virtualisation. Enfin, les DSI auront tout intérêt avant de se lancer sur un projet de virtualisation à consulter leur pair et à échanger avec eux, ou avec des professionnels autour des bonnes pratiques et des premiers retours d'expérience. La virtualisation de serveurs x86 reste un sujet jeune, mais la virtualisation en tant que telle est une technologie qui a fait ses preuves sur les environnements mainframe et grands systèmes. Certaines bonnes pratiques de conduite de projet peuvent être transposées de l'un à l'autre.
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